La petite chronique de Reynald (16)

Le 27 avril 2026

Liège-Baston-Piège

     Je viens de regarder, en différé, les derniers km de la « Doyenne des classiques », à partir du très redouté Mur de la Redoute. Pogacar et Seixas font exploser le peloton de tête, sur l’écran s’affiche la vitesse de 20 km/h sur un passage à 17% ; la moyenne de cette montée sera de 25 km/h, et la moyenne finale du vainqueur de 44,4 km/h, pour une distance de 259,5 km et un dénivelé de 4400 m. Cherchez l’erreur. Les erreurs. Comment s’appelle un sport pratiqué par des extra-terrestres ?

     Souvenir : lors de ma première année au club (1993), mes nouveaux amis, bien intentionnés, ou enclins au bizutage, me proposent de participer au Liège-Bastogne-Liège réservé aux amateurs. Départ de Nancy à 2h du matin, trois heures de voiture, il fait encore nuit lors de l’inscription et des premiers coups de pédale. Ça commence par une longue montée, l’ami Michel et moi trouvons que le rythme est faiblard, on double un tas de monde, et de même ensuite, sur du plat ou du faux-plat. On bastonne. Alertes, faciles, qu’on est, et totalement inconscients, qu’on est sans le savoir ! Alors que la pluie commence à tomber, on en remet une couche, on dépasse des dizaines et des dizaines de pédaleurs tranquilles, et expérimentés, eux. Nous, naïfs néophytes, nous n’avons pas une seule seconde pensé à l’essentiel : gérer ses forces, s’économiser, tenir la distance.

     Que croyez-vous qu’il advînt après ce début en fanfare ? Un lent retour à la réalité, non pas une épreuve, mais une succession d’épreuves, de plus en plus rudes. Dépassés nous sommes, dans tous les sens du terme. D’autant que le temps ne cesse de changer, soleil et trombes d’eau, un gros orage sur la fin, des routes inondées, des coups de froid succédant à des coups de chaud, des mains gelées, des freinages risqués. Et des côtes, encore des côtes, incessantes, interminables, usantes, indécentes … Sait-on encore comment on s’appelle, que sommes-nous venus faire dans cette galère ? 

     Puis voici que se profile le fameux Mur de la Redoute … Plus rien dans les gambettes, moral dans les chaussettes, pas mèche de faire autrement : je mets pied à terre. Je marche, hagard, toute honte bue. Un replat, je remonte sur le vélo, je me tape tout de même la rampe finale, des braves gens encouragent les agonisants. Le calvaire terminé, je ne pense plus qu’à une chose : arrêter le vélo, ma première année sera ma dernière, tant pis. Je ne tomberai plus dans ce piège, à Liège ou ailleurs.

     Je viens de prendre ma 34ème licence.

<Prendre un relais

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