Le 21 mars 2026
Prendre un relais
Je me souviens d’une expression familière, qui fédérait les groupes de cyclistes, et qui se traduisait le plus souvent dans les faits : « prendre un relais ». Tandis que le premier du groupe s’écartait et se laissait glisser à l’arrière, le deuxième passait en tête, sans aucunement accélérer, et ainsi de suite. Chacun abritait tour à tour ses compagnons, et chacun était abrité aussi souvent que le groupe comportait de membres. Sept fois sur huit, par exemple. Un mécanisme bien huilé, aussi efficace qu’économe en efforts, une invention astucieuse et garante d’une solidarité à toute épreuve.
J’en parle au passé, étant entendu qu’il existe encore, tout de même, des adeptes de cette pratique aussi utile que gratifiante. Mais le fait est que, les années passant, j’ai assisté à la quasi- disparition de cet exercice, et l’expression même est devenue tout à fait ringarde :
« Prendre un relais », mon pauvre ami, tu n’y penses pas, c’est totalement dépassé, obsolète, has been, démodé, dépassé, déphasé, arriéré, suranné, désuet, révolu, caduc, archaïque, anachronique, fossile, préhistorique, vieux jeu, ancien régime, romantique, irréaliste, chimérique, débile, dérisoire, absurde …
Même en groupe, le néo-cycliste pédale pour lui, il n’a besoin de personne, il a pour compagnon son gépéesse, qui lui dicte sa direction et contrôle sa vitesse, il ne se fie qu’à ses datas, il en oublie les paysages, il ne se souviendra pas des routes qu’il a empruntées. S’il s’abrite un moment, c’est pour ensuite filer à l’anglaise, tout à sa performance, et parfois pour épater la galerie.
Pas plus tard qu’hier, sous le soleil et lors du retour face à un vent à décorner les bœufs, j’ai roulé avec une petite troupe de joyeux compagnons, des gars fort sympathiques, avenants, courtois, conscients de la disparité des forces en présence, soucieux de ménager des regroupements … Mais pour ce qui est de rouler en groupe entre deux arrêts, et de prendre méthodiquement des relais, ô misère, c’est peau de balle et balai de crin, nada, que dalle. Les jambes tricotent, le sang y afflue d’abondance, mais faut croire qu’il n’en reste plus assez pour irriguer le cerveau. Les voici lobotomisés, robotisés, carbonisés des neurones, abêtis, diminués, égarés … Spectacle ô combien pitoyable. Après coup, ils en prennent conscience, ils sont confus, ils le regrettent, ils ne le feront plus, ils le promettent. Plus jamais ça !
Jusqu’à la fois suivante …

Des noms … MDR
En tout cas bien écrit (comme d’habitude) et c’est vrai que c’est difficile dans un groupe de cyclistes amateur de respecter une allure et d’avoir une cohésion de groupe mais non le plaisir de rouler est toujours là et ce qui permet d’alimenter les conversations et les chroniques …