La petite chronique de Reynald (13)

Le 8 décembre 2025

Dans le rétro

C’est fou ce que les temps changent ! Naguère, on roulait sans casque, cheveux au vent,
on évitait de tomber, la caboche faisant rarement bon ménage avec le bitume. Et comme
la pédale automatique n’était pas encore inventée, il fallait penser à desserrer les courroies
à l’approche d’un carrefour, d’un stop ou d’un feu rouge. Un perte d’équilibre à l’arrêt,
c’était rarement grave mais toujours humiliant.

Jouer du dérailleur n’était pas un jeu d’enfant, fallait tripoter des manettes, indexées
dans le meilleur des cas ; changer de pignon, changer de plateau, toute une affaire. Des
manouvriers du vélo, qu’on était, des bosseurs dans les bosses, des bosseurs sur le plat.
On rechignait parfois à changer de vitesse, histoire de garder les deux mains sur le guidon.
On tirait gros, mouliner n’était pas à la mode.

On étudiait le parcours avant de monter en selle, on partait avec un extrait de cartes ou
la liste des communes, on savait où on allait, on se concertait au besoin, on demandait son
chemin, si nécessaire. Au passage, un brin de causette. On se contentait d’un compteur
rudimentaire, qui allait à l’essentiel : heure, distance, vitesse, que demander de plus ?
Pour le reste, on se fiait aux sensations.

Les temps changent … Nous voici bardés de données, bourrés de calculs, équipés
jusqu’aux dents, dopés aux innovations, guidés à tout instant, les yeux rivés sur le gépéesse,
et roulant sur des vélos ultralégers, aérodynamiques en diable, dotés de freins à disque et de
dérailleurs électriques, des machines luxueuses, qui n’ont plus rien à voir avec les rustiques
biclous d’antan.

Ce qu’on y gagne compense-t-il ce qu’on y perd ? On roulait ensemble, on comptait sur
les autres pour s’orienter ou s’abriter, le capitaine de route veillait au grain, il obtenait que
personne ne fasse le mariole à l’avant et que personne ne se retrouve esseulé à l’arrière,
que soit observé un temps d’échauffement au début et de retour au calme à la fin. Les plus
chevronnés conseillaient les néophytes.

Désormais, c’est sur l’efficacité de sa machine et de ses instruments de bord que l’on compte
avant tout, on a des compagnons de route mais on peut s’en passer, chacun allant à son rythme,
qui est rarement celui des autres, et si l’on consent parfois à ralentir ou à attendre, c’est comme
à regret, la machine réclamant son dû, et le plaisir personnel l’emportant sur la joie partagée.

Oui, les temps changent, la technologie est reine, l’individu est roi, l’esprit de groupe
s’estompe, et il céderait pour de bon si un brin de nostalgie ne se mêlait parfois à l’air du temps.
Car il arrive que la bonne vieille camaraderie, humble et tranquille, vienne enrayer l’orgueil
déplacé des exploits mécaniques.

< Heureux soit le cycliste ! —- L’ABC du tautogramme >

3 réflexions sur « La petite chronique de Reynald (13) »

  1. Anonyme

    Une bonne réflexion sur le vélo d’avant. Le vélo d’aujourd’hui avec assistance électrique me permet de continuer de faire du vélo … en groupe.
    Pédalez-bien!

    Répondre
  2. Anonyme

    La pratique du vélo n’échappe malheureusement pas à la montée de l’individualisme et le progrès technique y est certainement pour une grande part.
    Essayons de nous améliorer ! Une nouvelle année commence bientôt, n’est ce pas le moment des bonnes résolutions ?

    Répondre

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